Faits divers

Fait divers à Bouleurs – Partie 3/4

L’opinion publique dirige les soupçons sur Jean François Vincent Troublé. Il est le seul homme  désirant la mort de Jean Guyon. Il se plaignait souvent de la rente annuelle due à Jean Guyon.

Jean François Vincent Troublé est né à Bouleurs le 10 novembre 1822. Il est le fils de Jean François Troublé et Marie Magdeleine Chobert.

Il se marie  le 27 mai 1845, à l’âge de vingt-deux ans avec Marie Anne Adèle Prudence Picard (1826-1877), fille de Claude  Ambroise Picard et de Marie Anne Eugénie Travel, cultivateurs demeurant à Bouleurs, rue de Mont. Un contrat de mariage est passé devant maître Coquillon, notaire à Crécy, le 10 mai 1845.

Il est cultivateur, demeurant à Bouleurs. Il est âgé de trente-neuf ans au moment des faits.

C’est un homme mesurant 1m62, visage ovale,  cheveux et sourcils châtains, front rond, yeux gris,  nez gros, bouche grande, menton rond. Il sait lire et écrire de manière imparfaite.

Le couple a eu cinq enfants :

– Désiré Isaïe, né le 22 février 1847

– Marie Rosalie, née le 4 avril 1849

– Clémentine Prudence, née le 16 février 1851, décédée en 1852

– Justin Prudent, né le 8 août 1853

– Clémentine Prudence, née le 30 novembre 1854.

Un mandat d’arrêt est émis le 15 février 1861 sur la personne de Jean Troublé, prévenu d’assassinat.

Cour d’assises de Seine-et-Marne – 1861 – Cote UP51592 – Jugement Troublé

Jean Troublé n’a jamais eu de condamnation avant 1861. Il nie l’assassinat de Jean Guyon.  

Mais on trouve chez lui un pantalon récemment lavé. Ce dernier présente encore des traces d’une boue blanchâtre semblable à celle qui avoisine la mare. Son domestique, Louis Lagrange, précise que son patron  n’est rentré qu’à 1 ou 2h du matin.

Registre d’écrou

Maison d’arrêt de Meaux – 15 février 1861 – 4 mai 1861

Jean François Troublé arrive à la maison d’arrêt de Meaux le 16 février 1861. Il porte le numéro d’ordre 452. Il est accompagné par le gendarme Lamboley de la Ferté-sous-Jouarre porteur  d’un ordre délivré par le procureur impérial.

Maison d’arrêt de Meaux – J-B Vialles 2011 ADAPG

« Agé de trente-neuf ans, il mesure 1m62, avec un visage ovale, teint ordinaire, cheveux et sourcils châtains, front rond, bouche grande, nez gros, menton rond,  yeux gris ».

A son arrivée, il  porte : une chemise en toile, une blouse en toile, un gilet en velours, une casquette, un pantalon et des souliers.

Une ordonnance est rendue contre lui par le juge d’instruction du tribunal de première instance de l’arrondissement de Meaux le 17 avril 1861. L’acte portant accusation contre Troublé est dressé par le procureur le 1er mai 1861. Jean Troublé sort  le 4 mai 1861 pour être conduit devant les assises à Melun.

Maison centrale de détention de Melun – 5 juillet 1861

Jean Troublé entre à la maison centrale le  5 juillet 1861. Il porte le numéro d’ordre 19152.

Maison centrale de détention de Melun

On constate que la description physique et quelques peu différente de la précédente, dans le registre d’écrou de la maison d’arrêt :

« Âgé de trente-huit ans, il mesure 1m58, avec un visage ovale, teint coloré, cheveux châtains, sourcils hauts, front haut, bouche grosse, nez large, menton à fossettes, yeux bleus. Il porte des marques particulières : une cicatrice au sourcil gauche et les oreilles percées ».

Le bagne

Le 14 juillet 1861, Jean François Troublé est transféré dans un premier temps au bagne de Toulon. Il y arrive le 18 juillet 1861 sous le n° matricule 9895 puis 5135. Neuf mois plus tard, le 19 avril 1862, il est détaché de ses chaînes.

Il embarque pour la Guyane à bord du bateau « la Cérès », par ordre de M. le préfet maritime, en date du 15 avril 1862.

Le bagne de Toulon au milieu du 19 siècle – Par Pierre Zaccone — Histoire des Bagnes depuis leur création jusqu’à nos jours

Signalement à sa sortie du bagne de Toulon :

Archives nationales d’outre-mer – Cote FR ANOM COL H 402

« Il mesure 1m53, cheveux châtains, sourcils blonds, front rond et bas, yeux gris bleus, nez moyen, bouche grande, menton rond à fossettes, barbe châtain, visage court et plein, teint coloré. Signes particuliers : cicatrice au dessus de l’épaule gauche, une cicatrice sur le revers de la main gauche, plusieurs cicatrices à l’indicateur de la main droite. »

On peut s’étonner de sa taille qui était d’1m62 en février 1861, puis 1m58 en mai 1861, et qui est de 1m53 en juillet 1861…

Dix mois après, le 18 février 1863, il  repart pour la France sur l’Amazone pour être mis à disposition de la justice, dans le cadre du jugement de Jean Baptiste Bert. Ce dernier est jugé pour avoir  commis avec Jean Troublé, un homicide volontaire avec préméditation sur la personne de Jean Guyon.

Bref retour en France

Jean Troublé réintègre le centre de détention de Melun le 4 mai 1863, en attente du procès.

A la suite du procès de Jean Bert, Jean Troublé réintègre le bagne sur l’Amazone. Il part de Toulon le 3 mars 1864 et arrive en Guyane le 21 avril, après quarante-trois journées de traversée de l’atlantique.

Départ Amazone le 9-3-1864 : départ de Toulon pour Cayenne avec des forçats – Source Gallica.bnf.fr

Cinq ans et demi plus tard, le 20 septembre 1869, il s’évade de Saint-Laurent. Sa fuite est de courte durée. Il est rattrapé et réintégré à Saint Laurent le 11 octobre 1869.

Les tentatives d’évasion sont indissociables de l’histoire des bagnards. Bien peu réussissent vraiment la « belle », beaucoup disparaissent à jamais ou sont rattrapés et réintégrés au bagne où ils sont alors sévèrement punis. Les condamnations supplémentaires infligées pour ces tentatives d’évasion transforment dans les faits leur peine en condamnation à perpétuité.

Sa peine initiale devait se terminer le 5 juin 1881.

Depuis 1868, le voyage de retour est à la charge du bagnard. Il doit donc posséder l’argent du passage dans son pécule ou le recevoir de sa famille. 

Sa tentative d’évasion a du prolonger sa peine. Il  passe au matricule 5185, le 6 juin 1881. Un recours en grâce est rejeté par lettre de la justice du 9 juin 1881.

Décès de Jean François Vincent Troublé

Il décède le 5 novembre 1881, à 3h de relevée[1] sur l’habitation de son engagiste[2] de Cayenne. L’acte de décès est transcrit sur le registre d’état civil de Bouleurs, le 14 mars 1882.

[1] Après-midi

[2] Engagé comme salarié chez un particulier

Etat Civil de Bouleurs – Cote 5MI8194

« Aujourd’hui six novembre mil huit cent quatre vingt un à dix du matin par devant nous Frédéric Elie Maire et officier de l’Etat civil de la ville et de la commune de Cayenne, sont comparus Messieurs Achille Hélène Constant Ferdinand Houry âgé de cinquante neuf ans, propriétaire, et Jacques Marie Laurent Léonard Régis âgé de cinquante deux ans, employé à la mairie tous les deux domiciliés en cette ville, lesquels nous ont déclaré que Jean François Vincent Troublé, cultivateur, né le dix novembre mil huit cent vingt deux à Bouleurs, (Seine et Marne), fils de Jean François Troublé et de Marie Madeleine Chobert, époux de prudence Picard, domicilié à Cayenne, est décédé hier à trois de relevée, sur l’habitation de son engagiste sise banlieue Est de cette ville ainsi, que nous nous sommes assurés et ont signé avec nous le présent acte par triplicata après lecture faite. »

Les héritiers de Jean Troublé sont ses quatre enfants. La succession est enregistrée les 21 et 27 avril 1882.

 

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