Fait divers à Bouleurs – Partie 2/4
Déroulement des faits
Dix mois après l’altercation entre Jean Guyon et Jean Troublé, le 14 février 1861, Jean Guyon se rend, comme chaque jeudi après-midi, au marché de Crécy, où l’activité commerciale est très importante.
Jean Guyon est un homme de constitution faible et de caractère tranquille. De notoriété publique, il évite les conflits. Il est coiffé ce jour d’une casquette en drap noir avec visière. Il porte un grand sac à grains où il met ses provisions.

Les hommes de Crécy et des villages aux alentours ont pour habitude de se retrouver après leurs achats et transactions. Ils se rendent au cabaret d’Eugène Aubert pour converser et boire.
Jean Troublé est également à Crécy ce jour là. Il est venu avec son cheval qu’il a laissé dans une écurie proche de la place du marché. Il se rend vers 17h au cabaret Aubert, où il passe la soirée à jouer aux cartes avec Constant Troublé et Pierre Pottier.
Jean Guyon rentre dans le cabaret une heure plus tard, vers 18h. Il a rendez-vous avec Jean Jourdain, fabricant de tuiles à Coutevroult. Ils s’installent dans la même salle que Jean troublé. Ils y restent deux heures environ. Les hommes passent la soirée à boire chacun de leur côté.


Eugène Aubert, le cabaretier, invite les clients à sortir du cabaret à 23h00. À cette époque, c’est l’autorité municipale qui réglemente les heures d’ouverture et de fermeture des cafés, cabarets et autres lieux publics de sa commune.
Jean Guyon et Jean Troublé ne sont alors pas ivres, mais seulement un peu échauffés par la boisson. Jean Guyon prend le chemin vers Bouleurs pour rejoindre son domicile. Il a du mal à marcher. Il rencontre au niveau du pont un jeune homme, Isidore Gousset, avec qui il parle d’affaires de famille.
Jean Troublé, parti à pied avec son cheval, bride à la main s’approche d’eux. Jean Guyon lui demande de faire route avec lui, mais il est resté sans réponse de sa part.
Par contre, Jean Piédeloup, vigneron, passant à côté d’eux, lui propose de l’accompagner un peu, avant de le quitter au niveau du hameau du Bel Air pour rejoindre des camarades partis devant.
Il est 23h30. Jean Guyon est inquiet de rentrer chez lui seul en pleine nuit. Il marche doucement, embarrassé par le poids de son sac chargé de grains. Il disparaît dans la nuit, parviendra-t-il à rentrer à son domicile ?…
Le lendemain, vendredi 15 février vers 6h du matin, Jean Louis Pottier, cultivateur se rend à Bouleurs. Il trouve sur le chemin, près d’un trou d’eau, un grand sac à grains en toile et une casquette en drap noir à visière.

Faisant encore nuit, il ne voit pas le sang et le cadavre à proximité. Par contre, il voit un échalas (grand bâton de bois) par terre, mais le laisse. Enfin, un peu plus loin, il trouve au milieu de la route une musette (petit sac en toile).
Il dépose les trois objets ramassés sous l’arche du petit pont à l’entrée d’un chemin de traverse. Apprenant dans la journée l’assassinat de Jean Guyon, il se présente chez le juge de paix pour faire une déclaration.
Plus tard dans la matinée, les cantonniers travaillant à l’entretien du chemin de Crécy à Bouleurs, découvrent le cadavre de Jean Guyon. Il est allongé sur le ventre près de la mare dont le fond et les bords sont garnis d’une vase blanchâtre. Ils remarquent de larges gouttes de sang près du corps. Le sol piétiné, garde l’empreinte d’un grand nombre de pas.
Son visage est tuméfié, du sang a coulé sur la joue gauche, le nez et l’œil. Le pied gauche seul est encore chaussé d’un sabot. Le sabot du pied droit est retrouvé sur le côté de la route. Jean Desbordes, commissaire de police et Jean Richy, brigadier viennent sur le lieu du crime.
Lieu des faits



Détail du lieu du crime
4 – Mare dans laquelle a été trouvé le cadavre de Guyon le 15 février 1861
5 – Lieu ou des empreintes de chaussures ont été relevées et constaté le 15 février.
6 – Vignes garnies d’échalas
Lors de l’autopsie du cadavre, le médecin constate d’abord une fracture comminutive des os propres du nez, plusieurs ecchymoses à l’œil gauche et à la région frontale. Cette fracture aurait été provoquée par un seul coup violent, assené sur le côté gauche de la face du crâne. L’arme du crime serait un instrument contendant : un échalas trouvé sur place.
Il n’y avait pas eu de lutte possible. La victime a été plongée dans l’eau du fossé après sa mort.

Décès de Jean Guyon
Son décès est déclaré par Jean Eloi Coudart, garde-champêtre et Alexandre Isidore Gibert, un neveu.

« L’an mil huit cent soixante et un le quinze février neuf heures du matin par devant nous Louis François Felix Bonnaire, maire et officier public de l’Etat-civil de la commune de Bouleurs Seine et Marne sont comparus Jean Eloi Coudart, soixante trois ans garde champêtre et Alexandre Isidore Gibert, vingt neuf ans, manouvrier et neveu du décédé ci après tous deux témoins majeurs demeurant en cette commune rue du Mont lesquels nous ont déclaré que Jean Louis Ambroise Guyon âgé de soixante et un ans, né à Bouleurs le huit vendémiaire an huit de l’ère républicaine célibatair, demeurant au dit Bouleurs, rue de l’Égoût, fils de défunt Jean Louis Guyon et de défunte Marie Magdelaine Lormier est décédé cejourd’hui à sept heures du matin, lieudit la rue de Crécy sur le chemin de grande communication numéro trente trois de Crécy à Trilport à l’hectomètre onze, nous nous sommes assurés du décès et ont les déclarants signé avec nous le présent acte, après lecture faite ».


